A trop cadrer, on emprisonne …

Olivier Bailly, rédacteur en chef intérimaire de la revue ‘Alter Echo‘ (n° 406) signe un éditorial dont le titre a attiré mon attention : « Nous sommes tous le fromage de Herve »  (vous en trouverez l’intégralité en cliquant sur la photo de la page de couverture).

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Bien évidemment, j’ai été attiré par le fait qu’il traitait d’un produit que j’apprécie particulièrement (surtout avec du vrai sirop de Liège) gourmet (pour ne pas dire gourmand) comme je suis,

Bien sûr je connais ‘Alter Echo’ et je sais que ce n’est pas dans leur habitude de publier des recettes de cuisine!!!

Bien sûr.

Bien sûr, je connais l’affaire de la fromagerie de José Munnix ; comme de nombreux citoyen, j’ai été interpellé (pour ne pas dire outré) par le fait qu’un petit producteur qui sans aucun doute apporte le plus grand soin à la production de son fromage, se heurte à l’intransigeance d’une administration qui applique simplement la loi

Et ‘la loi c’est la loi’, ‘de wet is de wet’.

Bien sûr, je suis moi-même membre de la fonction publique et, à ce titre, amené à être le gardien de cette loi et de veiller à ce qu’elle s’applique avec la plus grande objectivité aux situations qui me sont toujours présentées comme ‘dignes de dérogation’.

J’avoue cependant que l’angle d’attaque de cet éditorial m’a séduit… la NORME.

Tout est dit dans ces deux phrases de l’édito :

[box type= »download »] ‘Entre obésité technocratique et principe de surprotection, les normes seraient-elles des gnomes insupportables et pourtant indispensables (il suffit de penser à la monnaie, les poids et mesures) ?

Et pourtant ‘[…]prenons garde aux dégâts collatéraux, à l’organisation totale, à la peur, au mirage du risque zéro, à la volonté d’une assurance d’absolue sécurité qui nous étouffera’.[/box]

Cette réflexion m’a renvoyé à ce que nous vivons dans l’organisation pour laquelle je travaille (mais je pense vraiment que c’est le cas dans la plupart des entreprises hélas). Pendant de nombreuses années, nous avons vécu avec une organisation réduite à sa plus simple expression, pas de structure pyramidale mais des gens qui travaillent et partagent ; aujourd’hui, de plus en plus de normes et procédures sont imposées qui réduisent drastiquement les capacités d’initiative des travailleurs. ces normes sont mises en oeuvre pour éviter les risques.

Elle me renvoie aussi à cette attitude qui veut qu’il y ait toujours un responsable de toute situation au point que même les assurances ne remplissent plus leur rôle puisqu’elles se chargent toujours de trouver le responsable contre lequel elles peuvent se retourner… et que le métier d’avocat est sans aucun doute un métier d’avenir.

Elle me rappellent l’attitude de ses parents ‘hélicoptères‘  (autre article ici) qui (sur)protègent leurs enfants en fonction de ce qu’ils identifient comme leurs normes souvent de plus en plus strictes. Et cette attitude protectrice est à mettre en parallèle avec la crainte du risque non pas pour soi mais pour les autres… sa progéniture en l’occurrence.

Cependant, pour connaître les limites à ne pas dépasser, il faut les tester en permanence. Si l’on veut savoir quand une voiture dérape, il faut avoir dérapé.

Retrouvons de l’espace, de l’air, de la respiration, de l’audace, de l’initiative,…

Je fais mienne la conclusion de Olivier Bailly (je le remercie de m’y avoir autorisé) « A trop cadrer, on emprisonne. Le plus grand risque qui nous menace est peut-être de ne plus vouloir en prendre. Quitte à être à pâte molle, soyons le fromage de Herve« .

Et j’ajouterai

« A trop vouloir cadrer, on tue le sens de la créativité et cet esprit d’entreprendre, d’initiative qui nous anime ».

Soyons fous, sortons du cadre, utilisons la norme pour ce qu’elle est réellement… un repère.

C’est tout le mal que je nous souhaite.

Bon samedi mes amis.

 

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