L’économie, science exacte ???

Voici quelques semaines, quand j’ai entendu que le Prix Nobel d’économie (*) avait été attribué à Jean

Tirole, Président de l’Ecole d’économie de Toulouse,

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je vous avoue que j’ai été plutôt satisfait de constater que ce titre revenait à un économiste de notre vieille Europe…

Je me suis dit que des publications allaient venir pour l’aider à soutenir le débat démocratique et à sortir de cette ornière dans laquelle elle s’est quelque peu engluée.

Je me suis dit que les politiques, aidés qu’ils seraient par des idées innovantes, allaient enfin avoir une vision claire de ce qui devait être fait pour que notre sort s’améliore.

Depuis ce jour, je n’entends rien dire, je ne lis  rien en provenance de Toulouse… silence assourdissant.

Dire que je suis allé y passer quelques jours (voir ici) pour enquêter à la manière d’un détective serait probablement exagéré ;  mais j’ai posé des questions… et le toulousain qui m’a répondu n’était vraiment ni fier ni heureux de cette reconnaissance pourtant prestigieuse.

Alors quoi, que se passe-t-il ?

J’avais bien lu un jour que la Ministre française de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, s’était engagée, en décembre 2014, à créer une seconde section d’économie intitulée « Institutions, économie, territoire et société » ; cette initiative a été tuée dans l’œuf par une missive de Jean Tirole, représentant des économistes qualifiés ‘d’orthodoxes’. Cette nouvelle section aurait en effet pu servir de refuge aux économistes ‘hétérodoxes’.

Un combat des économistes ‘orthodoxes’ contre les économistes ‘hétérodoxes’ … 

késako ???

Je vous renvoie à un excellent article du Monde Diplomatique du mois de juillet 2015 ( n° 736 – 62° année) qui propose 2 articles :

  1. « La domination des orthodoxes stérilise le débat public : Police de la pensée économique à l’Université » ( Enquête de Laura Raim – journaliste)
  2. « Le monde si simple de Jean Tirole » par Gilles Rotillon, Professeur émérite en sciences économiques à l’université de Paris-Ouest Nanterre-La Défense.

Pour faire simple, les économistes orthodoxes représentent la pensée dominante en économie et sont regroupés dans ce qu’il est convenu d’appeler l’école « néo-classique » qui repose sur l’hypothèse de la perfection des marchés et de la rationalité des individus.

C’est cette école qui domine la pensée économique depuis de nombreuses années ; on y retrouve notamment l’Ecole de Chicago (Milton Friedman, Gary Becker) qui prône l’efficience des marchés et une politique monétaire stricte ou encore l’Ecole autrichienne (Ludwig von Mises et Frédérick Hayek) qui est contre l’intervention de l’Etat et voit le marché comme régulateur de la société.

Vous trouverez dans cet article du Monde Diplomatique déjà cité, page 17, un graphe qui synthétise les principaux courants et théories économiques.

Alors voilà, quand on sait qu’en France à tout le moins, les économistes orthodoxes se sont octroyés tous les postes influents dans les universités, il n’est pas étonnant de constater que les hétérodoxes se tournent vers d’autres disciplines (la sociologie, la philosophie ou les écoles de commerce).

L’économie et le débat démocratique subséquent sont alors phagocytés par cette idéologie dominante des économistes orthodoxes.

Or, aujourd’hui, la situation est devenue tellement complexe (voir la notion de ‘pensée complexe‘ d’Edgar Morin) que nous devons faire appel à toutes les compétences dans tous les domaines pour aider tant soit peu à la compréhension de cette complexité.

Pour ma part, Licencié et Maître en Sciences économique et sociales des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur en 1975, j’ai réalisé un mémoire dont le titre est « Les indicateurs sociaux : un nouvel outil économique ? » sous la supervision de Jean Raes S.J., sociologue qui n’était pas particulièrement ‘conformiste’ (lire ici). Je ne suis pas peu fier de cette démarche et de l’ouverture d’esprit dont faisaient preuve mes professeurs de l’époque.

Cela étant, en relisant l’introduction de ce mémoire (écrit, rappelons-le, en 1975) j’écrivais dès les premières pages :

[box] « Il existe depuis que le monde est peuplé d’hommes, une volonté marquée de rassembler des informations sur tout ce qui peut être quantifié […]

C’est seulement au 19° siècle que la collecte de données a été organisée de manière systématique. […]

A l’heure actuelle, il n’est de groupements, associations, ministères qui ne possèdent leur service statistique permettant un inventaire régulier de la tranche d’administrés placés sous leur juridiction. Nous sommes donc dans un monde où l’information statistique revêt une grande importance  […]

Tout ce travail a entraîné un accroissement extraordinaire de la masse des statistiques disponibles […] »[/box]

Et nous ne connaissions encore rien  des Big Data. Loin s’en faut puisque c’est l’époque ou apparaissait les premiers ‘Commodore 64’

 

La vraie sagesse réside probablement dans le fait d’avoir une vision holistique des relations entre les humains.  A vouloir tout spécialiser, nous passons à côté d’une immense richesse.

Et rappelons que le travail de l’expert consiste à éclairer le débat démocratique, pas à s’y substituer.

 

Bon dimanche pluvieux mes amis.

 

(*) En fait, on ne dit pas « Prix Nobel d’économie » mais « Prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel » ; reconnaissons que c’est un peu moins ‘sexy’ !!!

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