Lecture d’été… ‘Toine retraité’

Je vous avoue que, quand j’ai eu ce livre en main dans ce souk de l’UCL à Louvain-la-neuve qui vend tous les bouquins dont les bibliothèques universitaires veulent se séparer, je me suis dit qu’il correspondait bien à mon état d’esprit du moment.
D’abord, il parle d’un (futur) pensionné et ensuite il a été écrit dans les années soixante (la version que j’ai achetée date de 1966 aux Editions VANDERLINDEN à Bruxelles), cela me renvoyait à ma jeunesse.

Il s’intitule ‘Toine retraité’ et a été écrit par Arthur Masson en 1966. Info sur Wikipédia

Arthur Masson est un auteur (1896 – 1970) qui a écrit une trentaine de romans et quelques pièces de théâtre. Je me souviens que, quand j’étais gamin, il faisait partie des auteurs ‘célèbres’ de l’époque (sans doute qu’il l’aurait été nettement moins aujourd’hui).
Tout cela apportait la promesse de bons moments de lecture pendant les vacances.

Le personnage, Toine Culot, horticulteur ardennais un peu truculent et aussi maïeur de sa commune de Trignolle (Treignes sur le Viroin), atteint par cette maladie incurable nommée la limite d’âge, décide de prendre du recul lui qui a toujours été très actif à la fois dans son métier et dans sa fonction de bourgmestre.
Impossible de raconter ici toutes les aventures succulentes qui arrivent à ce savoureux personnage; sachez cependant que la plupart des mots placés dans la bouche des intervenants sont écrits en wallon (mais avec la traduction en bas de page pour ceux qui ne savent pas lire ce dialecte).

Quoi qu’il en soit, je me suis retrouvé dans certains questionnements de Toine qui, bien que formulés voici près de cinquante ans, restent d’une étonnante actualité.

Je voudrais reprendre quelques passages qui attestent de la qualité d’écrivain d’Arthur Masson et de la justesse de son analyse :

« Il lisait donc tout ce qui lui tombait sous la main, et cela lui valait une culture encyclopédique, sans profondeur il est vrai, mais qui, s’ajoutant à sa faconde native, lui permettait de discuter de tout et de rien avec l’autorité impavide qui fut toujours celle du primaire »

ou encore :

« C’était là un mensonge effronté, car sa réputation l’avait précédé et presque tout le monde le fuyait comme la peste. Car, aussi obséquieux , patelin et cauteleux qu’il savait se montrer lorsqu’il le jugeait de mise profitable, autant il toisait les humbles avec cet air de hauteur et de suffisance qui est le propre des larbins de grandes maisons et des subalternes revêtus des insignes de leur autorité fragmentaire. Rien de tel pour fabriquer instantanément un dictateur que de coiffer un singe d’un képi. Mettez des lunettes à un baudet, il braira du grec et du latin. Prêtez-lui votre fouet, garez vos fesses. »

Et aussi :

« Quand un homme parle d’abondance sur tout et sur rien, qu’il comprend tout, explique tout, prévoit tout, justifie ou condamne tout, démolit et réforme tout et ajoute l’assurance magistrale à ses universelles connaissances, il arrive une ou deux fois par siècle tout au plus que l’on puisse dire de lui : « c’est un génie ». Hors de là, on peut être sûr que l’on a devant soi un imbécile atteint de logorrhée aigüe et doublé d’un charlatan. »

On s’y croirait à 50 ans de distance.

Cela donne aussi des descriptions d’africains que l’on n’oserait plus écrire aujourd’hui (n’oublions pas que nous sommes dans les années soixante… décolonisation oblige). A propos d’une femme de ménage qui était sénégalaise :

« Et parut alors une haute et souple négresse qui, découvrant dans un sourire sa splendide denture,…

C’est aussi des mots pas simples (et sans doute plus vraiment utilisés aujourd’hui ) :

  • mercuriales : liste des prix des denrées alimentaires sur un marché public,
  • épigrammes : petite pièce de poésie sur un sujet quelconque,
  • dilection : amour tendre et purement spirituel porté à quelqu’un,
  • dérisionner : tourner en dérision, se moquer,
  • blandices : flatteries, techniques utilisées pour séduire,

Ou encore des expressions savoureuses comme :

  • « Que le diable te patafiole » même si l’on ne connaît pas la signification exacte du verbe ‘patafioler’, il n’y a pas besoin de dictionnaire pour comprendre.

Mais je ne résiste pas au plaisir de vous reproduire un paragraphe de la conclusion du livre :

« Le propre des hommes vieillissants, c’est d’accuser les choses d’avoir changé et surtout empiré, alors que ce sont eux qui ne les regardent plus avec les mêmes yeux. Et le reproche qu’ils font aux années, c’est de n’avoir rien figé des enchantements d’autrefois. Ainsi, la race du « laudator temporis acti  » (*) est innombrable et risible son aigreur ».

J’espère vraiment que je ne ferai pas partie de cette race.

Bon samedi mes amis

(*) Le ‘Laudate temporis acti’ c’est  l’adorateur du temps passé (Horace dans ‘l’art poétique’)

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