Il faut s’aimer à tort et à travers

La Tour Eiffel Peace and Love de Jean Julien

Bonjour,

Nous sommes rentrés d’un repas de chasse mon épouse et moi vers minuit dans la nuit de vendredi à samedi… Comme d’habitude, la radio fonctionnait dans la voiture (vous le savez, je suis un ‘boulimique’ de l’information). Nous avons entendu un journaliste, le ton grave, qui parlait d’attentats dans les rues de Paris … A ce moment, il évoquait de ‘nombreux morts’. Nous avons allumé la télévision et compris l’horreur.

Depuis ce vendredi, je me demande quoi dire pour nous permettre de sortir de cet état de sidération (*)  qui nous étreint toutes et tous.

Alors voilà, en parcourant Facebook (sur la page de thomasnagant@facebook.com merci à lui), j’ai trouvé ce texte que Julos Beaucarne a écrit dans la nuit du 2 au 3 février 1975 quand son épouse a été assassinée par leur jardinier.

Je le dédicace à toutes les françaises et les français, et, de manière plus générale, à toutes celles et tous ceux qui veulent vraiment voir changer le monde…

Ce texte, admirablement récité par Claude Nougaro


« Amis bien aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour et la persuasion. C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans.

Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches.

Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine.

Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée, il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses ; on doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles…

En attendant, à vous autres, mes amis d’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui :

je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers.

Nuit du 2 au 3 février 1975»

(*) sidération, suivant le dictionnaire Larousse, est un anéantissement subi des forces vitales, se traduisant par un arrêt de la respiration et un état de mort apparente.

Voir aussi cet article de Slate.fr

Brûler ses vaisseaux (J – 252)

C’est un article que je conserve depuis longtemps dans mes brouillons.

Ce n’est pas un thème facile à aborder et puis, il a fallu du temps pour que les choses se mettent en place et donc il m’a aussi fallu du temps pour me décider à le publier.

Le voici donc.

Mais un peu d’histoire d’abord

bruler-ses-vaisseaux.jpgIl est impossible de savoir exactement d’où vient cette expression (ni d’ailleurs la peinture qui illustre cette réflexion. Si vous avez des informations, n’hésitez pas à me les communiquer).

Agathocle de Syracuse conquérant du IVe siècle avant Jésus-Christ (plus d’information ici), lorsqu’il s’attaqua à Carthage en Afrique du nord, après y avoir débarqué ses troupes, fit brûler ses navires afin de s’assurer qu’il n’y aurait pas de retour possible.

On en parle aussi à propos de Cortès En 1519, en provenance de Cuba, Cortes débarque sur la côte du Mexique. Il n’est pas le premier : le Yucatan a déjà été découvert, et il n’a pas de mandat bien précis de la couronne espagnole ou du Gouverneur de Cuba. Mais le pays regorge d’or, et Cortes est ambitieux. Il décide de le conquérir. Certains de ses lieutenants approuvent son projet. D’autres le récusent. Son expédition n’est pas importante en nombre, quelques centaines de soldats, aussi ne peut-il pas se permettre d’en voir une partie refuser de le suivre. Il ordonne alors de rendre inutilisables les vaisseaux sur lesquels ils sont arrivés.

Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que l’expression ‘brûler ses vaisseaux’ apparaît, avec le sens figuré qu’on lui connaît, par référence à ce comportement.

Bon, je vous avoue que je suis allé chercher ces informations sur Expressio.fr

Plus près de nous hélas, on a vu à de nombreuses reprise des migrants, détruire leurs bateaux quand ils arrivent sur les rives d’un de nos pays européens de manière à être certains de ne jamais faire le chemin dans l’autre sens.

 

Et pourtant, c’est devant que l’on va (d’ailleurs, les voitures ont des rétroviseurs mais on ne les utilise que de manière très brève), et, pour la route, il faut pouvoir voyager léger !!! mais , à toujours vouloir tout garder, on s’encombre de tas de choses inutiles et le sac à dos devient lourd à porter…

On s’imagine toujours nécessaire (indispensable ???) aux enfants, aux voisins, aux anciens collègues,… et pourtant, les cimetières sont remplis de gens indispensables.

Notre histoire (pourquoi ne pas parler de passé ???)  nous poursuit et nous pèse.

A l’image des régimes (je vous avoue que j’ai dû aller retrouver ce mot au dictionnaire, il était (malencontreusement ???) sorti de mon vocabulaire :-)) que certains s’imposent avant l’été, il faut de temps en temps s’imposer des décisions pour éliminer tout ce qui nous encombre et ne plus traîner le boulet du passé.

C’est quand qu’on décide de changer ???

Alors, durant ces dernières vacances (qui sont aussi mes dernières ‘grandes vacances’), nous avons décidé de vendre notre maison en Belgique pour nous installer définitivement en Ardèche, à Sanilhac (si les choses se mettent comme on l’espère !!!)…

C’est pour nous une manière de brûler nos vaisseaux (même si l’on sait qu’il sera toujours possible de revenir en revendant en France ou en se faisant héberger, le temps d’un court voyage, chez l’un ou l’autre de nos enfants ou encore dans un gîte comme le font nos voisins de France).

Je vous avoue que ce ne fût pas (à tout le moins pour ce qui me concerne), une décision facile à prendre…

C’est donc un nouveau défi qui s’ouvre à nous, une nouvelle vie qui va commencer dans les prochains mois… Je vous tiendrai informés.

Bonne soirée mes amis