Pour mieux comprendre les enjeux des élections américaines

Donald Trump
Vous vous souviendrez que mon ami Québécois, Michel Sparer,  m’envoie tous les jours une sentence, une maxime pour alimenter notre réflexion de la journée.
Aujourd’hui, il nous livre une très intéressante analyse de la situation politique aux Etats-Unis dans la campagne pour les Présidentielles. Elle est d’autant plus intéressante qu’elle émane de quelqu’un qui connaît bien les rouages politiques pour avoir été pendant de nombreuses années un observateur attentif mais aussi actif dans la vie politique québécoise.
Sa réflexion porte plus particulièrement sur la vision politique de Donald Trump, qui s’exprimait récemment sur la taille de son pénis !!!
Son positionnement, ses attitudes, ses déclarations, et les conséquences qu’elles entraînent sur les électeurs américains plongent les femmes et les hommes politiques (ainsi que les journalistes et analystes de la vie politique) dans un océan de perplexité.
On assiste aujourd’hui à un véritable basculement de la vie politique aux Etats-Unis.
Et toute similitude avec des situations que nous avons vécu, que nous vivons et que nous aurons peut-être à vivre ne serait peut-être pas fortuite.
Je pense que nous ne sortirons pas indemnes de ce bouleversement.
Je vous livre ci-après cette analyse in extenso.
Bon samedi mes amis
« Les États-Unis d’Amérique sont la plus ancienne démocratie actuellement sur la planète. jusqu’ici une réussite en matière d’institutions politiques et d’équilibre (Checks and balances etc.).
Or, le Parti républicain des États-Unis est plus ou moins en train d’imploser. Cet événement est si important pour la vie politique américaine que cette implosion n’est même pas une bonne nouvelle pour le Parti démocrate lui-même.
« Les cadres naturels et historiques du Parti républcain sont depuis 4 ou 5 jours en plein désarroi face à la montée de Donald Trump. Ce dernier revendique son appartenance à ce parti, tout en bousculant sans vergogne les règles, les traditions du GOP (Grand Old Party). Notamment en ignorant toute autorité de ses responsables formels ou naturels. Il semble se suffire de la légitimité qu’il trouve en s’adossant à des clientèles négligées par l’économie, par les élites et qui croient dur comme fer que Donald Trump détient les clés de la solution à leurs problèmes.
« Or, le Parti républicain pourrait fort bien se retrouver dans quelques jours avec un candidat issu des Primaires, véritable «  électron libre ».  Indépendant de fortune, Donald Trump est capable de n’écouter personne dans le parti, puisqu’il a les moyens de payer lui-même sa campagne et au besoin…de créer son propre parti d’ici l’élection de novembre prochain. Évidemment, le style et les déclarations de Donald Trump horrifient une bonne partie de la clientèle traditionnelle du Parti républicain.
« Voilà pourquoi ces derniers jours se multiplient des interventions, déclarations et accusations à l’égard de Donald Trump… au coeur même du Parti républicain ! Le malaise est désormais perceptible jusque chez les journalistes et commentateurs américains, dont on connaît les traditions d’objectivité et d’indépendance. Ils sont largement désorientés par le personnage bien sûr, mais plus encore par une profonde mutation de la sociologie politique américaine, révèlée par le phénomène Trump et, dans une moindre mesure, par le cas Bernie Sanders.
« Cette mutation est devant nous et tout le monde essaie de décoder la manière dont un populiste riche et incontrôlable glanne ses électeurs, notamment dans de nouveaux gisements. Il ne faut pas oublier que le taux d’abstention habituel aux élections présidentielles aux États-Unis est à près de 50%. Il semble bien que Donald Trump exploite des gisements d’électeurs sociologiquement marqués et qui ont été plus ou moins abandonnés au fil du déclin de la classe moyenne depuis Ronald Reagan, il y a 35 ans.
« Se multiplient soirs après soirs ici, aux États Unis, les tribunes télévisées où l’on voit même des partisans de ce candidat exprimer des nuances, voire des réserves ou même des condamnations de leur candidat. La question qui devient centrale pour ces observateur, ou politiciens de tous poils se résume à peu près comme ceci: comment arrêter ce personnage? Un cacique du GOP résumait plus ou moins cette préoccupation on se demandant comment plus tard il expliquerait à ses enfants que le monde politique américain n’a pas su endiguer ce phénomène lorsqu’il était encore temps… il y a quelques jours, Vicente Fox, ancien président du Mexique évoquait carrément la similitude entre la montée de Donald Trump et celle d’Adolf Hitler au début des années 1930 en Allemagne. Un terreau de pauvreté en plein Eldorado, les inégalités croissantes chères à Piketty et Stiglitz… des ressentiments jusqu’ici bien loin de la culture nord américaine…
« La boule quitte dans quelques jours les mains du croupier… pour les deux grands partis. La victoire sans doute plus facile d’Hillary Rodham Clinton en novembre 2016 ne règlera pas le problème de la perte des repères pour la droite américaine. L’audience de Bernie Sanders, notamment chez les jeunes, indique que le camp démocrate n’est pas indemne de cette perte de repères, phénomène sans doute national. On peut tenter de se rassurer en pensant à la solidité des institutions des États Unis ainsi qu’à la créativité de cette société dynamique. Espérons que le phénomène américain actuel sera observé utilement par les pays européens, dont l’histoire a démontré la vulnérabilité face à des tangages de cette nature.
« Pour ne prendre qu’un exemple récent de ce désarroi, exemple issu du New York Times du 2 mars 2016 (mercredi) une centaine de responsables et anciens responsables de haut niveau du Parti républicain, ayant pour plusieurs exercé des fonctions dans les affaires étrangères ou la sécurité nationale, ont écrit une lettre ouverte dont on trouve ci-après quelques extraits, et que j’ai tenté de traduire (italiques). J’ai placé à la fin de ce texte le lien vers l’intégrale de cette lettre ouverte.
Open Letter on Trump from GOP [Parti républicain] National Security Leaders
[…]
His vision of American influence and power in the world is wildly inconsistent and unmoored in principle. He swings from isolationism to military adventurism within the space of one sentence.(Sa vision de la puissance de l’Amérique de son influence dans le monde  est largement incohérente et dénuée de fondement sérieux. Il passe de l’isolationnisme à l’aventure militaire dans la même phrase).
His advocacy for aggressively waging trade wars is a recipe for economic disaster in a globally connected world.  (Dans un monde globalisé. son penchant pour des guerres commerciales ravageuses est un aller simple pour la catastrophe économique.)
His embrace of the expansive use of torture is inexcusable. (Sa propension à étendre l’usage de la torture est inadmissible.)
His hateful, anti-Muslim rhetoric undercuts the seriousness of combatting Islamic radicalism by alienating partners in the Islamic world making significant contributions to the effort. Furthermore, it endangers the safety and Constitutionally guaranteed freedoms of American Muslims. (Sa rhétorique haineuse à l’égard des musulmans mine le sérieux du combat contre l’islamisme radical, puisqu’elle nous aliène des partenaires du monde musulman qui font des efforts significatifs dans la lutte au radicalisme. De plus, cela met en danger la sécurité et les libertés publiques que la Constitution garantit aux musulmans des États-Unis.)
Controlling our border and preventing illegal immigration is a serious issue, but his insistence that Mexico will fund a wall on the southern border inflames unhelpful passions, and rests on an utter misreading of, and contempt for, our southern neighbor. (La maîtrise des frontières et la prévention de l’immigration illégale sont des sujets sérieux. Mais en insistant à ce point sur le fait que le Mexique devrait assumer les frais de la construction d’un mur à la frontière sud des États-Unis soulève des passions tout à fait inutiles ; cela repose sur une compréhension erronée et même sur un mépris à l’égard de nos voisins du sud.)
Similarly, his insistence that close allies such as Japan must pay vast sums for protection is the sentiment of a racketeer, not the leader of the alliances that have served us so well since World War II. (De la même manière, son insistance à penser que de proches alliés comme le Japon devraient payer pour la protection que leur accordent les États-Unis, dérive d’une logique de racket, certainement pas du leadership qui a été le nôtre dans des alliances qui nous ont si bien servi depuis la deuxième guerre mondiale.) […]

Bonne journée

Une maxime pour ce soir

Je sais, elle est très connue, mais je pense qu’elle est très évidemment d’actualité en ces temps disons … un peu compliqués que nous connaissons, tant aux niveaux mondial qu’européen et belge :

« En politique, tant qu’il n’est pas absolument nécessaire de décider, il est absolument nécessaire de ne pas décider. »

Puisque je suis en vacances et que rien d’urgent ne se présente à moi, je décide donc de ne pas décider…

Bonne période estivale mes amis.

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